Le financement de l’agriculture n’est pas si risqué !

 

Pour de nombreuses institutions financières, le financement de l’agriculture est une entreprise risquée. Dans le cadre de ses services  de financement de l’agriculture, MicroSave Consulting (MSC) collabore avec des institutions financières (IF) en vue d’élaborer des produits appropriés et un portefeuille de prêts agricoles de qualité.

L’Amhara Credit and Savings Institution (ACSI) (l’institution de crédit et d’épargne d’Amhara), une grande institution de microfinance (IMF) de l’Ethiopie a développé, avec l’appui de MSC,  son portefeuille de prêt qui est passé de 1300 prêts à 36 000. Elle a décaissé un total de 2, 25 millions $EU en douze mois d’opération avec un zéro portefeuille à risque (PAR). L’ACSI  a aidé des petits producteurs de blé de la région d’Amhara à avoir accès aux intrants agricoles par l’intermédiaire d’un système de coupon mis en place en partenariat avec les principales coopératives des paysans.

MSC recommande neuf (9) étapes pour l’élaboration de produits et de services financiers à l’intention des petits exploitants agricoles. Le processus peut être facilement regroupé en trois sous-étapes à savoir la compréhension, la conception et test ainsi que  le déploiement. Cependant ce processus doit suivre neuf (9) règles cardinales.

 

  1. La compréhension du marché :
  2. Le client : En agriculture, les risques ne sont pas du domaine de la perception mais plutôt la réalité. En fait, il existe des conditions qui échappent absolument au contrôle des paysans. Il est donc important  que les institutions financières comprennent la particularité de leurs activités que ce soit dans le domaine de la culture ou de la production animale. Cela permet aux institutions financières d’élaborer et d’offrir des produits et des services adaptés aux besoins du client.
  3. La chaîne de valeur agricole : elle aide l’institution financière à identifier et connaître les acteurs du secteur de la clientèle. Qui sont les acheteurs ? Quel est le niveau de demande ? Quel est le degré d’efficacité des autres acteurs de la chaîne de valeur ?  Une bonne compréhension des clients et de la chaîne de valeur des produits agricoles permet à l’institution financière de renforcer ses capacités dans le but d’étendre ses services à d’autres chaînes de valeur ainsi qu’au secteur agricole en général.
  4. Les descriptifs des risques : En raison des risques inhérents au secteur agricole, les institutions financiers doivent élaborer des outils et des systèmes appropriés de gestion des risques afin de se protéger contre les pertes tout en veillant à ce qu’il y ait suffisamment de fonds pour les activités agricoles. Certaines des approches comprennent (i) le déploiement de personnel ayant des connaissances agricoles (ii) les relations avec des prestataires de services agricoles et (iii) la collaboration avec des compagnies d’assurance pour élaborer des produits d’assurance associés aux intempéries. Toutefois il est essentiel que les institutions financières commencent par le réexamen de leurs programmes financiers  et l’identification des risques qui existent dans les secteurs visés ; bref, il leur faut mettre en place un cadre de gestion des risques associés aux prêts agricoles.

 

  1. La conception du produit :
  2. Le produit et l’équipe : la conception du produit est un processus itératif qui requiert une équipe d’élaboration de produit multidisciplinaire et engagée. L’équipe examine toutes les facettes possibles des caractéristiques et des implications du produit en fonction des activités des institutions financières et du marché ciblés.  Les 8P du cadre de marketing aident l’équipe à formuler les caractéristiques du produit en s’interrogeant sur l’objectif principal et les services additionnels.
  3. Les relations entre les prestataires de services agricoles : l’activité principale des institutions financières est d’offrir des services financiers. Des relations entre les exploitants / le secteur agrobusiness et les organisations agricoles appropriées à savoir les distributeurs d’intrants, les acheteurs de produits de base, le public et les ONG permettent d’assurer la fonctionnalité de la chaine de valeur des produits de base agricoles. Les exploitants doivent maintenir des normes acceptables, adopter les meilleurs pratiques et utiliser les nouvelles technologies pour le maintien de leur  production et de leurs revenus. Ces relations facilitent la formation des agriculteurs en fonction du marché, permettent d’avoir le feedback et facilitent le suivi des rigueurs saisonnières.
  4. La création de la demande : le produit doit posséder des caractéristiques inhérentes qui permettent de déclencher et de maintenir la demande. L’éducation de l’agriculteur dans le domaine financier est dans ce cas utile et favorise la demande de services supplémentaires tels que l’épargne, l’assurance et de véhicules d’investissement.  Cependant il est nécessaire d’élaborer des approches FE  ainsi que des méthodes de prestation efficaces telles que des messages numériques personnalisées en complément aux campagnes médiatiques traditionnelles.

 

  1. Le test pilot avant déploiement :
  2. Le test pilote :la recommandation de MSC est que tout produit nouveau ou amélioré doit être testé.  Un processus de 10 étapes permet aux institutions financières de tester systématiquement la conception du produit, les systèmes de prestation du service et le personnel.
  3. Des agents vulgarisateurs compétents :le recrutement des agents de crédit ayant une formation agricole est sujet à discussion.  L’expérience a montré que des agents formés en agriculture sont plus dévoués et entretiennent de meilleures relations avec les petits exploitants agricoles. Ils établissent des relations beaucoup plus solides avec leurs clients (agriculteurs / producteurs), ce qui réduit les risques et se traduit par des taux de remboursement plus élevés.
  4. Le financement ponctuel :Il est important que le financement se fasse en temps opportun en raison du caractère saisonnier des activités agricoles. Les intrants agricoles, la main-d’œuvre et les récoltes sont liés à des moments précis de la saison de chaque produit agricole. Les institutions financières doivent offrir leurs financements aux agriculteurs en temps opportun,  en faisant par exemple des décaissements de tranches. Cela permet d’éviter des détournements des fonds et des contretemps associés avec les longs processus d’évaluation du financement subséquent.